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1ere offensive de chars: Cambrai 1917

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1er Emploi en masse de chars lors d'une offensive: Cambrai 1917 (1ère Partie)

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La Bataille de Cambrai (voir la carte que j'ai réalisée, à partir d'une carte d'époque, en fin d'article) se déroule du 20 novembre au 7 décembre 1917 et verra pour la première fois, l'emploi massif, des 1ers chars, lors d'une offensive combinée, je me propose de vous retracer dans ces pages, cette histoire méconnue, mais essentielle et pleine d'enseignement sur l'utilisation future du Tank (Mot désignant le Réservoir en Anglais, mais également le nom de code, désignant le char blindé récemment mis en œuvres, les Français garderont ce mot associé (en général) aux blindés, pourquoi le mot Tank ? et bien les services secrets britanniques feront croire qu'en réalité le char était un simple réservoir blindé chargé d'amener l'essence et le ravitaillement sur le front ). Cette innovation technique est au cœur de cette Bataille, son emploi en est à ces balbutiements, le char est encore peu considéré, et fait partie intégrante du corps d'infanterie, cette technologie n'a pas encore une place bien définie au sein de l'armée, et sert dans un premier temps de position mobile.

Rares sont les visionnaires qui verront dans cette arme un avenir tout autre que celui qui lui est accordé par les généraux, durant la guerre. En France en 1914 les véhicules blindés sont à leurs tout débuts, dans l'urgence de la situation ce sont dans un premier temps de simples véhicules civils où sont placées des mitrailleuses sur pieds et sur lesquelles sont fixées par un maréchal Ferrand, des plaques de fer boulonné pour protéger le conducteur et le tireur de façon à avancer sous le feu adverse.
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Le poids de l'ensemble était bien trop lourd pour les moteurs de voiture, qui devaient être réparés ou remplacés très souvent. Les Britanniques également se mettent à produire des véhicules Rolls-Royce blindés de plaques d'acier et sur lesquels est installée une mitrailleuse Vickers en tourelle derrière le conducteur. Les constructeurs de véhicules rivalisent d'ingéniosité durant l'année 1915 pour produire des voitures blindées, cependant la tournure de la guerre impose d'autres choix quant à l'usage des engins, les barbelés, les tranchées et la topologie du terrain rendent ces véhicules inappropriés à son usage initial.

L'idée même d'un véhicule armé et autotracté fait son chemin dans l'esprit de certains inventeurs pris pour des excentriques par la hiérarchie. Pourtant, l'idée n'est pas nouvelle, Leonard de Vinci fut le premier à présenter un projet de véhicule protégé en forme de cône en bois dans lequel étaient insérés des canons tirant dans différentes directions. En 1903 HG Wells parle déjà de navire terrestre en référence à la marine dans un court récit paru dans le Strand Magazine. Ce sont les Anglais qui en 1914 feront des recherches approfondies sur la faisabilité de la machine, elles-mêmes sous les ordres du Premier lord de l’Amirauté un certain Winston Churchill… Après une démonstration convaincante sur le terrain fin 1915, la Grande-Bretagne mit sur pied un comité secret, le Landships Committee, chargé d'étudier les possibilités militaires du véhicule, considéré davantage au départ comme un navire de guerre que comme une arme terrestre, d'où son nom de « cuirassé terrestre ». Les critères de mise en œuvre de telles machines devaient répondre à l'usage qui en serait fait sur le terrain ! Rappelons qu'alors, la guerre de position, n'est pour certains, que temporaire et que la guerre de mouvement va reprendre sitôt que la percée serait réalisée. Les véhicules qui seront développés alors le seront pour être utilisés dans des circonstances bien spécifiques sans réelle arrière-pensée d'une guerre statique qui est de mise alors. Le char est prévu pour être amené à pied d'œuvre par voies ferrées, puis être lancé à courte distance des lignes adverses, ensuite à charge de celui-ci à l'aide de ses mitrailleuses de nettoyer les points de défenses qui seront rencontrés durant la progression des troupes et de débarrasser le terrain des ceintures de barbelés.

La guerre de 1914 débute par une guerre de mouvement, rappelons-le, alors que l'image persistante des tranchées, est le symbole même de cette guerre. Devenue à la fin de l'année 1914, une guerre de position, où l'image du poilu dans la boue, le froid, au milieu des cadavres est devenue une image d'Épinal. En France la 1ère guerre mondiale commence par une guerre de mouvement, avec (entre autres) les fameux taxis dans la Marne, entre le 6 et le 9 septembre qui ont permis aux Français et Anglais de repousser les Armées du Kompritz en marche vers Paris (le rôle des Taxis, est aujourd'hui minimisé par des historiens, ce serait à l'époque plus une histoire de propagande que de transports d'effectifs conséquents, propre à avoir joué un rôle dans la bataille de la Marne, voir à ce sujet le magasine : Guerres et Histoire n° 16) . Par la suite c'est une marche vers la Mer du Nord qui s'engage par des tentatives successives, des Allemands ou des Franco-Britanniques, d'enveloppement par le Nord, qui à mener nos généraux dans les Flandres jusqu’à la côte Belge à Nieupoort, en novembre, où commence alors la guerre de position, le long d'un front de plus de 600 kms que nous connaissons aujourd'hui qui s'étend de la côte de la mer du Nord à l'Alsace. C'est pour sortir du bourbier des tranchées qu'a été élaborée la prise de la ligne Hindenburg trois ans plus tard. Le 20 novembre 1917 est souvent considéré comme la première démonstration des techniques sophistiquées et des technologies nécessaires pour effectuer une percée spectaculaire. Il est aujourd'hui célébré comme le Cambrai's day en Angleterre et au Canada. Le mot d'ordre d'alors : Réaliser une percée…
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La Bataille de Cambrai elle-même se replace plus largement dans le cadre des grandes offensives de l'année 1917, le Chemin des Dames* (16 avril) dans l'Aisne appelée aussi offensive Nivelle, l'Artois (Printemps 17), la prise de la crête de Vimy ou bute de la mort pour les Canadiens dans le pas de Calais, Verdun ou Reims, et la troisième bataille d'Ypres en Belgique (juillet – novembre 17). Les tentatives sont nombreuses, mais la perte d'hommes, morts ou disparus aux combats est incroyable. La population civile commence à perdre patience, les hommes sur le front lèvent un vent de colère, le ras-le-bol est sur toutes les lèvres. Des mutineries éclatent çà et là, vite réprimées par des exécutions et les tribunaux militaires tournent à plein régime, des hommes sont envoyés au bagne ce qui fera dire, qu'il vaut mieux cela qu'être dans les tranchés. Au final, près de 3 500 soldats furent condamnés par les tribunaux militaires, 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de lourdes peines de prison, 554 condamnations à mort (dont 49 seront appliquées).

L'initiative prise par l'excentrique pionner J.F.C. Fuller et le tacticien Henry Hugh Tudor qui préconise, quasiment en même temps, au court du printemps et été 1917 une attaque à l'automne sur Cambrai. Qualifié de simple raid dans un premier temps, elle sera transformée en véritable offensive par le Field marshal Haig en septembre, qui souhaite redorer son blason après le désastre de la crête de Passchendaele à Ypres. L'optique d'une telle bataille, est à cette époque, de réaliser la "grande percée", qui bousculera les troupes ennemies, et permettra de sortir des positions statiques, dans lesquelles la guerre de siège a mené les chefs militaires alliés comme Allemands depuis novembre 1914 et prendra fin en 1918 avec l'arrivée des troupes Américaines.

Deux écoles s'opposent, celle traditionaliste de la grande offensive d'infanterie sur un front large, précédée d'un orage d'obus, meurtrière et lente ou l'usure de troupes ennemies est le mot d'ordre, et l'école plus complexe et inspirée par l'innovation technique, où la stratégie du front étroit et offensive par bonds successifs en mouvement, est préconisée. C'est cette dernière qui sera testée ici, par l'emploi de nouvelles armes et de tactiques combinées inédites qui restent à faire découvrir à la troupe pour qui, employer la bonne tactique ensemble dans un effort combiné est une nouveauté. Nous verrons que le poids des traditions militaires restera néanmoins présent, et pèsera lourd dans les décisions prises au cours de l'engagement.

Le Lieu
La bataille de Cambrai se place au sud-ouest de la ligne de front dite de la somme, entre Douai au Nord et Saint-Quentin plus au Sud, à l'Est de Péronne, Bapaume et Albert. J'ai eu l'occasion de parcourir ce champ de bataille, c'est une plaine large vallonnée et monotone, entrecoupée de Talweg, où coulent de minces rivières, les forêts sont rares, ce sont plus souvent des bois ou des bosquets. C'est une terre de culture céréalière, abondante et généreuse, qui de tout temps a fait l'objet de convoitises. Le terrain est crayeux très propice à l'utilisation des blindés, moins bombardé que d'autre partie du front, le terrain est plat. Cambrai est un point géographique bas à 41 mètres au-dessus du niveau de la mer, à l'Est, Bapaume est à 100 mètres et marque le début des collines de l'Artois et à l'Ouest, l'Avesnois est à 143m en direction des Ardennes. Cambrai est occupé par les troupes allemandes en aout 1914 et est peu à peu transformée en lieu de ravitaillement, et point fort de la ligne Hindenburg appelée aussi Siegfried stellung. La ville est à un carrefour de chemins de fer reliant Douai, Valenciennes, et Saint-Quentin. Elle était sur les routes d'approvisionnement venant de l'Allemagne, des régions du nord et de l'est industrielles de la France occupée.
Cet endroit est relativement calme ces derniers mois, les troupes stationnées ont été transférées vers la Marne et Ypres quelque temps plus tôt, et ce sont des troupes d'occupation de la deuxième armée Allemande qui ont la garde de la ligne de front. Le Général Prussien Georg Von der Marwitz (ancien aide de camp de l'Empereur Guillaume II) est le commandant du Gruppe Caudry, avec la 20e DI en poste à l'ouest et au sud de du bois de Bourlon, la 54e DI à sa gauche, la 183e division au sud de Cambrai près de Bantouzelle, et en réserve la 9e division stationnée au sud de Masniéres, les hommes 107e DI occupent Cambrai, et sont fermement retranchés dans leurs lignes.
L'objectif final de l'anglais Haig est de prendre la côte de Bourlon à l'ouest de Cambrai, pour avoir une vue pleine sur les arrières de l'ennemi. Mais devant lui se dresse une formidable ligne de défense, longue de 160 Kms (qui intègre les observations et enseignements sur la manière de défendre la ligne, tirée de la bataille de la Somme), elle s'étendait de Lens à Soissons dans l'Aisne dont la corde de front passe par Arras, La Fère, Roye. Construite dès octobre 1916 par 500 000 ouvriers Allemands et prisonniers de guerre Russes, c'est une série de places fortes, reliée entre elles par un cordon de profondes tranchées, devant lesquelles est installée une ceinture de barbelés large par endroits de 20 mètres. Le long des Tranchées sont construits des casemates de béton et d'acier, à environ 2km devant, des avant-postes sont disposés, leurs rôles est de donner l'alerte et de ralentir la progression des troupes ennemies. Un no man's land s'étend devant la ligne allemande balayée par de l'artillerie et des mitrailleuses judicieusement placées sur une profondeur de 2 à 7 kms selon les endroits. Sa construction est sensée se terminer en mars 1917 avec l'opération Alberich, qui consiste en un retrait de 50 à 60 km sur la nouvelle ligne Hindenburg, permettant aux Allemands de raccourcir leur ligne de front, de concentrer des troupes tout en libérant 13 divisions, et cerise sur le gâteau de perturber l'offensive en cours du général Nivelle, seulement les travaux sont encore en cours quand débute le retrait, à Flesquières (10km au sud de Cambrai), par exemple, un trou béant de 15 m sur 8 et 4.5 m de profondeur destiné à recevoir un bunker est encore à l'état de creusement, nous verrons plus loin, le rôle qu'a joué ce lieu dans l'histoire de la bataille, et à quoi a servi ce trou par la suite. Le fait que la fameuse ligne Hindenburg soit encore partiellement en construction, sera pour les alliés une motivation supplémentaire pour designer Cambrai comme lieu de l'offensive. Le problème posé avant tout, par l'attaque d'une telle ligne de défense, était de trouver un moyen de terrasser l'adversaire, rapidement et à moindre perte. Ce dernier avait de nombreux avantages : les tranchées profondes et les abris le protégeaient de l'artillerie, les fils barbelés ralentissaient ou arrêtaient l'avance de l'infanterie, des mitrailleurs et des tireurs protégeaient les lignes de front, des mortiers et de l'artillerie appuyaient la ligne de front en assurant une puissance de feu depuis l'arrière, les troupes pouvaient compter sur des renforts pour amoindrir la force des attaques ou repousser les troupes alliées grâce à de rapides contre-attaques.

Les Chars
Pour attaquer et prendre ce formidable retranchement, 476 Chars Mark IV, seront engagés durant l'offensive, c'est le premier emploi massif de blindés de l'Histoire, ils étaient dirigés par le Tank Corps GC, Hugh elles, dans un Tank Mk IV nommé « Hilda », ses ordres sont de rompre la ligne Hindenburg puis par un mouvement d'encerclement, piéger la ville de Cambrai et prendre la crête de Bourlon.
Ce n'est pas la première fois que les Allemands croisent les chenilles des chars*, ceux-ci ont déjà été utiliser dans la Somme et la Meuse en 1916 et 1917, mais au coup par coup, quelques-uns à la fois, en appuis mobile de l'infanterie, l'argile grasse autour de Verdun et les cratères d'obus ont vite eu raison des chars, ce qui fait dire que, les résultats de leurs utilisations, provoquera méprise et railleries des Allemands à leur encontre, ils n'y verront pas immédiatement les formidables enjeux que représentent les chars à l'avenir.

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Le char Mark IV, est une évolution darwinienne du premier char Mark I, en effet dans Somme le 15 septembre 1916 les anglais, au grand dam des Français qui souhaitaient garder encore le secret (le char Français n'étant pas encore prêt), vont utiliser les premiers Tanks au sud de Bapaume, 21 chars Mark 1 vont prendre part aux combats à la vitesse de 5,95 Km/h pour une autonomie de + ou - 40 km selon le terrain. La fiabilité de telles machines est encore très précaire, sur 50 chars souhaités, 32 rejoindront la ligne de départ, et 21 ont réussi à partir à temps. Les problèmes mécaniques ont mis fin prématurément aux espoirs Anglais, néanmoins, grâce à la participation de 6 chars dont un en réserve, le village de Courcelette, a pu être pris par l'infanterie. Le secret si bien gardé des Britanniques dans le but de surprendre les Allemands et les effrayer, a si bien marché que même les troupes du dominion ont pris peur, car ils n'étaient pas prévenus est encore moins préparés à travailler de concert avec les chars. Ils inspiraient la terreur, écrasaient les barbelés et offraient une importante puissance de feu à l'infanterie grâce à leurs mitrailleuses et à leurs pièces d'artillerie. Les six chars furent tous mis hors combat pendant l'attaque, quatre par des tirs d'obus. Un seul atteignit son objectif.
En Angleterre l'échec de l'utilisation de ces prototypes a fait l'effet d'une douche froide, au point de tenter d'annuler la commande de 1000 chars faite alors par le ministère de la guerre. De très riches enseignements seront tirés de cet engagement, concernant le blindage (les balles de mitrailleuses traversent l'habitacle) et l'ergonomie du char ou encore l'armement, le réservoir placé à l'intérieur sera mis derrière, à cause des incendies, un meilleur confort, des ridelles seront installées pour transporter des rations et de l'eau.
Bien que tout aussi lourd, lent et difficile à manœuvrer que leurs prédécesseurs les modifications apportées au Mark IV seront malgré tous bénéfiques pour l'équipage de 8 hommes enfermés dans une boite en acier, les équipages des premiers véhicules blindés de combat s'exposaient principalement à deux types de risques : le tir des mitrailleuses et de l'artillerie qui tous deux pouvaient pénétrer la caisse, et les violentes embardées et secousses du véhicule lorsqu'il traversait des tranchées ou un terrain parsemé de cratères d'obus. Les casques en cuir offraient une certaine protection contre les blessures causées par les chocs. Les boucliers cuirassés ou les masques en cotte de mailles protégeaient le visage des balles des armes de petit calibre pénétrant par les fentes de visée, et des fragments de métal projetés dans tous les sens dans la cabine par la force de l'impact des obus ou d'autres projectiles frappant la caisse en acier. Il fait quasiment nuit à l'intérieur du char et les hommes ont peu de vues externes, il y fait une chaleur de 45° et l'air saturé de fumées et d'odeurs d'huile. L'intérieur est peint en blanc et 6 petites ampoules électriques donne un semblant de lumière, celles-ci sont éteintes durant la bataille. Le bruit est tel que les
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hommes communiquent par signe ou par coups donnés sur les parois selon un code établi. Le mal de mer ou plutôt de terre est fréquent et l'odeur dans l'habitacle est…je vous laisse imaginez…

Long de 8 mètres, large de 3,20 mètres à 4,11 mètres, suivant le modèle et haut de 2,49 mètres. Ce sont deux moteurs Foster Daimler 6 cylindres en ligne de 105 CV (de tracteur agricole) qui animent l'ensemble, d'une vitesse théorique de 6km/h. Il consomme 270 litres au 100 kilomètres. Son Blindage et de 6 et 14 mm d’épaisseur suivant les parois. Son armement : pour le tank mâle, 2 canons courts et 3 mitrailleuses Lewis, pour le tank femelle, 5 mitrailleuses Lewis, le tout d'un poids de 28,6 tonnes. L'équipage se compose d'un conducteur, un chef de bord-mitrailleur avant, deux canonniers, deux mitrailleurs arrière, deux changeurs de vitesse/pourvoyeurs en munitions.
Voilà le témoignage d'un des premiers soldats français à participer à l'aventure des chars en France : "En trois mois, nous sommes cependant devenus une arme spéciale.
Nous avons un insigne : une salamandre. Puissions-nous, comme elle, jouer avec le feu. Nous avons nos chansons. Il s'est levé des aèdes. Pellat, un lieutenant d'artillerie de quarante ans, qui nous apporte, du Ravitaillement, une âme héroïque et des yeux d'enfant, a composé un lied qui représente notre groupe comme le premier de tous. Je trouve qu'il mange un peu trop notre gloire en herbe. On verra, on verra.
Nous avons nos bars. Car l'A.S. joue à l'aviation. Le « Grand Dubois », promu barman, a pour principal souci d'ouvrir son bar sur le champ de bataille, le soir de la première attaque.
Nous avons notre uniforme. C'est-à-dire une combinaison de mécanicien — qui recouvre, il est vrai, une profusion disparate de vareuses multicolores. "
En 1917, lors de la deuxième bataille d'Ypres, le général Haig prévoit d'utiliser 75 Tank Mark 4 (soit l'équivalent de 4 chars par division) dans l'attaque du village de Messines, en soutien de l'infanterie néozélandaise, le lieu est aux mains des Allemands depuis 1914. Ils en profiteront pour fortifier considérablement la colline qui surplombe le village. Le bombardement de la côte débute le 20 mai et se termine le 7 juin, 19 sapes explosent sous les lignes ennemies causant la mort de prêt de 10.000 soldats Allemands.
Les lignes Anglaises s'ébranlent et progressent rapidement, les 1ere et 2eme lignes Allemandes sont prises en 2 heures, le village est pris au court de l'après-midi. Preuve est faite que les chars et l'infanterie, bien préparés, peuvent être d'une efficacité redoutable. Mais les chars sont encore utilisés comme des points d'appui mobiles au service de l'infanterie, sans plus de discernement, pour l'instant.
L'Étude méthodique du terrain et la connaissance approfondie des défenses ennemies seront les clés futures de la réussite des opérations militaires de 1918, mais avant cela elles doivent encore être essayées, testées et évaluées. Un plan systématique set mis au point. Durant le mois d'octobre et novembre, des avions survolent la future zone de combat de Cambrai. A leur bord, un photographe chargé de prendre des clichés de la zone, réseau de tranchées, position de rechange des batteries, nids de mitrailleuses, bretelles d'arrivée des réserves, zones de camouflage, etc. Les écoutes britanniques viennent en complément des observations aériennes par le calcul trigonométrique et le trajet des ondes sonores. Ce qui permit de déterminer les axes de progressions, des chars et de l'infanterie. Les pilotes et photographes du Royale Flying Corps ont payé un lourd tribut durant cette période de collecte d'informations. Ils ont permis quoi qu'il en soit de localiser 90% des batteries allemandes.

L'Aviation
Juste avant le début de l'affrontement l'escadrille SPA 75 équipée de l'avion Spad VII Français, est détachée durant 10 jours en soutien des Anglais. 14 escadrilles du Royales Flying Corps (Futur Royale Air Force) sont détachées au début de la bataille, les aéronefs lancent des bombes sur les objectifs préalablement reconnus et les avions mitraillent les batteries d'artillerie allemande et les poches de résistance (nous savons que cette action a eu lieu, mais il n'y a aucun témoignage quant aux succès de ces tirs). Les chasseurs français et britanniques, plus haut dans le ciel, empêchent les chasseurs allemands de survoler les lignes britanniques. Au cours de cette bataille, des Schutzstaffeln (escadre d'escorte allemande) sont utilisés en tant que Schlachstaffeln (escadre de combat allemande) qui attaqueront les positions alliées au sol. Depuis le mois de juin 1917, chaque armée britannique dispose d'un « poste de contrôle » de deux « stations de guidage » et une « station d'avion d'interception ». Les nouvelles technologies de l'époque permettent de relier les différents échelons d'observation par téléphone et le télégraphe, les câbles sont enterrés pour éviter d'être détruits par l'artillerie ennemie. Ainsi les différents échelons sont en relation directe avec le quartier général de l'air, mais également aux escadrilles de chasse, aux forces antiaériennes et à l'artillerie lourde pour les tirs de contre batterie. À noter que les Allemands n'utilisent pas le camouflage de manière systématique avant 1917 et la bataille de Cambrai, contrairement aux Français qui généralisent l'art de la dissimulation. (À découvrir absolument l'ouvrage de Cécile Coutin sur l'art de "tromper l'ennemi" partiellement mis en ligne : http://fr.calameo.com/read/000762814d4b5fbf166b9 )
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Préparatifs

15 jours avant l'attaque les troupes sont prépositionnées, 36 trains spéciaux amènent les tanks près de leurs ligne de départ, l'artillerie est mise en place et camouflée. Dans la nuit du 19 au 20 novembre les Bataillons de tanks numérotés de A à I sont déployés au sud de la ligne de déploiement autour des villages et bois qui bordent les 9,6 kms de la ligne d'attaque. Le bruit des moteurs est couvert par des tirs d'artillerie et le vol des avions au-dessus des tranchées allemandes. Les troupes qui participent à l'attaque seront de la 3ème armée Britannique et se composent pour cette offensive de droite à gauche des bataillons de Chars C, I, F, H, A, B, D, E, G. et pour l'infanterie et la cavalerie : du Cavalry Corps (Kavanagh), de la 1st Cavalry Division, 2nd Cavalry Division, 5th Cavalry Division, du III Corps (Pulteney), de la 6th Division et 20th (Light) Division, 29th Division, du IV Corps (Woollcombe), la 36th (Ulster) Division, 40th Division, 51st (Highland) Division, 56th (1st London) Division, 62nd (2nd West Riding) Division, du VII Corps (Snow), 55th (West Lancashire) Division. L'ensemble de ces forces est sous les ordres du général Byng
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Nous traiterons ici de la première partie de la Bataille du 20 au 30 novembre.

A 6h20 le 20 Novembre, le commandant de la III° Armée britannique lance la première attaque moderne, c'est une combinaison inédite et très en avance sur son temps qui est testée ici, Infanterie, Chars, Artillerie, Aviation et le rôle important donné à la cavalerie pour exploiter la trouée faite par les chars (comme nous le verrons plus loin) tous ces moyens seront utilisés de concert et tendront vers un seul objectif : percer.
L'infanterie et les chars se sont entrainés durant 15 jours avant l'engagement. L'aviation a repéré les points d'appui, l'Artillerie utilisera un barrage roulant en avant des troupes. Un rang de chars pour ouvrir la marche suivie, 50 mètres en arrière, de sections d'infanterie en deux files, à raison de huit sections par char pour nettoyer les tranchées.
Il n'y aura pas de tir d'artillerie préparatoire long pour garder l'effet de surprise intact, seul un bref tir de barrage de 10 minutes sera dirigé vers les lignes ennemies. 1006 canons sont disposés le long de 9,6 Km de la ligne d'attaque prévue, ils ouvriront le feu à 6 h 10 en direction de cibles identifiées par l'aviation auparavant.

Le Tank Corps a déployé toute sa force, 476 machines, dont plus de 350 étaient des chars de combat armés mâles et femelles, les autres des servaient de réserve, de transport de ravitaillement, et maintenance, dépannage, étagées en neuf groupes de combat (A, B, C, D, E, F, G, H). La progression est un véritable succès, les chars sèment la terreur dans les lignes allemandes et pénètrent profondément la ligne de front, la technique du jet de fascines mise au point à l'époque est intéressante, le premier char va jusqu’à la tranchée puis tourne sur la gauche en entraînant les barbelés grâce au grappin situé à l’arrière. Le second libère sa fascine dans la tranchée qu’il franchit en passant sur ce fagot de bois puis tourne à gauche en entraînant les barbelés de la tranchée suivante. Le troisième char franchit la première tranchée, libère sa fascine dans la suivante pour la franchir... et ainsi de suite... La progression se fait par vagues pour les chars et l’infanterie. Devant eux un barrage roulant d'artillerie progresse à 300 mètres devant, les troupes allemandes se replient en désordre et laissent de nombreux prisonniers derrière eux aux mains des Anglais.
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Masnières
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De droite à gauche la 12th Eastern Division progresse rapidement en direction de Bonavis et le bois de Lateau épaulé par le groupe de chars "C", et enfonce les lignes afin de libérer le terrain et permettre à la cavalerie de progresser sur l'arrière allemand.

Le Bataillon "I" en soutenance du 20ème Light division progresse en direction de La Vacquerie et Masnières et le pont enjambant le canal de Saint-Quentin. Malheureusement, le pont est la victime du poids du char du Lt Col RW Paterson qui s'effondre à son passage, il était la clé du franchissement du canal par la cavalerie.
À 11h30 le brigadier général Seely arrive sur les lieux et fait immédiatement pression afin de trouver un point de passage plus à l'Est et c'est à 800m, sur une écluse, que l'infanterie passera lentement par une ridelle (50cm de large) ce qui oblitèrera la progression de la cavalerie jusqu'à 15h30, où l'écluse est transformé en pont de fortune permettant le passage des chevaux et de progresser ensuite vers la crête de Rumilly à quelques kilomètres de là.
C'est vers 16h00 que commence à tomber une pluie froide et discontinue, les terres marécageuses des environs se gorgeront d'eau handicapant la progression de la cavalerie. Les deux généraux jugeront plus prudent de stopper la progression surtout que la nuit commence à tomber.
L'ordre a été donné au Lt colonel Paterson de stopper son avance et de se retirer sur le côté sud du canal. Malheureusement, l'escadron B était déjà hors de portée et fonce au galop vers les lignes ennemies. Le capitaine Campbell commandant l'escadron B a été touché par des tirs de mitrailleuse presque immédiatement après avoir traversé le canal et c'est au lieutenant Harcus Strachan de continuer la progression. Malgré le feu des mitrailleuses l'escadron continu sa charge et fait taire une batterie de campagne allemande sur leur chemin. Un certain nombre d'Allemands se rendent à leur passage et lèvent les mains en signe de reddition, mais les cavaliers n'ont aucun moyen de garder les prisonniers et ne font passer, sur ce, les Allemands se reprennent et tournent leurs mitrailleuses et ouvrent à nouveau le feu sur la cavalerie avant que ceux-ci disparaissent.
Strachan s'est rendu compte que quelque chose n'allait pas et que lui et ses hommes étaient tous seuls sur le côté allemand du canal. Ils ont trouvé refuge dans un chemin creux à l'est de Rumilly. Là, ils ont découvert qu'ils pouvaient continuer plus loin et ont déjà repoussé deux ou trois contre-attaques. Le lieutenant décide de diviser son groupe en deux afin de reculer vers le canal. Le lieutenant William Cowen a été décoré de la Croix militaire pour avoir ramené son groupe en toute sécurité. Le lieutenant Strachan a reçu la Croix de Victoria pour son leadership. Sur les 133 cavaliers, seulement 46 ont réussi à revenir, mais ils ont ramené avec eux un certain nombre de prisonniers ainsi que des informations précieuses sur les dispositions allemandes.

Flesquières
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Partout sur la ligne d'attaque le front est enfoncé de cinq à six kilomètres, sauf à Flesquières ou le 51e Highland piétine. Aidé par le Bataillon D et E, le 51e devait prendre le village puis progresser vers Graincourt et Fontaine Notre-Dame et couvrir la côte de Bourlon : l'objectif final. Mais dans Flesquières les Allemands s'accrochent et malgré l'appui des chars, les Écossais ont beaucoup de mal à progresser, les points d'appui sont nombreux et c'est une progression maison par maison qui se présente, cette tactique d'emploi des tanks en environnement urbain n'a pas du tout été vue. Les chars sont vulnérables dans le village et les troupes allemandes attaquent facilement les chars à coups de grenades et le pistolet dans les embrasures. Ce n'est qu'au cours de la nuit que le 51e réussit à occuper complètement le village. Se pose dès lors la question de consolider les acquis ou de continuer la progression vers l'objectif initial ?
En Angleterre les cloches des églises ont sonné à toutes volées pour signifier cette grande victoire, cela fait 3ans que le pays attend la grande percée et elle est en passe d'être réalisée. Une large brèche a été ouverte dans la ligne Hindenburg et seulement 4000 hommes sont restés, victimes, sur le terrain, un exploit pour l'époque.
Cependant, la détermination allemande est grande et l'apport constant de renfort rend l'idée d'une avancée difficile.

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21 novembre

Flesquières
Les chars ont subi d'importants dégâts, et sont remisés en arrière à 8 km, afin d'être réparés ou remplacés, le plein refait (à la pompe à main) et rechargé en munitions. Haig décide d'une seconde attaque dans l'axe initial, mais les chars n'arriveront pas avant 9h00 sur la ligne de départ. Les Ecossais ne pouvant attendre plus longtemps leurs arrivée décident d'attaquer sans l'appui des tanks, et immédiatement les 1/4ème Gordon Highlanders avancent sous un déluge de feu venant d'un système de tranchées bien défendu devant Cantaing. Le 2e de cavalerie tente de contourner le village par l'Est et tombe sur une contre-attaque allemande venant de Noyelles et les cavaliers sont repoussés. La situation stagne, juste un peu avant midi l'arrivée de 13 chars du Bataillon B, qui progressent enfin à travers champs, soulage les troupes, et permet au 2e Dragoon Guards d'orchestrer un assaut sur ​​le sud-est de Cantaing.
Les canons des chars ont permis d'éliminer une grande partie de la résistance et les hommes du 14e d'infanterie de Durham (6e division), ont rejoint les Highlanders venant de l'ouest du village. Il n'a fallu qu'une heure, avec l'aide des chars pour se rendre maitre du village.
A 15h00 sur la gauche de Cantaing, 6 tanks engagent l'artillerie allemande qui entrave la progression du 1/7ème Argyll and Sutherland vers le Nord. Ayant soufflés un peu, l'ensemble des chars et les Argyll avancent vers Fontaine Notre-Dame, aidés par le 1/4ème des Seaforth Highlanders, qui est prise dans la foulée. Le 62e est en train de nettoyer le bois de Bourlon au Nord lorsque tombe la nuit.
Ayant pris avec succès Graincourt la veille, la 186e brigade de la 62e division avait continué leur progression vers Anneux et Moeuvres sur la berge du canal; aidée par les Bataillons de chars F et G qui ont écrasé toute résistance dans Anneux et ont atteint les tranchées pour stopper en face de Bourlon. A gauche les hommes du 2/5e ont tenté de progresser vers le canal sans attendre les chars et sont cloués sur place jusqu'à ce que les chars viennent débloquer la situation et prennent un certain nombre de points d'appuis allemands avant la nuit. Partout la résistance allemande devient plus forte, et à la nuit tombante les hommes et les chars ont fait de leur mieux pour avancer, certains chars ont même réussi à pénétrer dans le bois Bourlon, mais l'utilisation de canons antiaériens et des balles à perforation blindée devient de plus en plus efficace et arrête les chars.
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Masnières
Toute la nuit du 20 au 21, les hommes du Fort Garry Horse arrêtés la veille dans le village, ont déminé le terrain en prévision de l'attaque en direction du canal de Saint-Quentin. À l'aube la pluie est de retour, une patrouille découvre qu'au Nord vers la ferme de Mon Plaisir aucun allemand n'est présent jusqu'à l'écluse où a traversé le Fort Garry Horse. Au sud le terrain est bien occupé vers le village de Crèvecœur, et la Rue des Vignes. Venant de Bonavis le 20e light d'infanterie tente une attaque en direction de l'écluse et sont vite repoussés par les Allemands qui prennent le point de passage. Vers 10h30 une seconde attaque teutonne est dirigée vers la ferme Mon Plaisir et prend de cours les Anglais du 29e en pleine préparation de leur avancée vers le canal. C'est sans connaitre ce fait, que la 20e avance en direction de l'Est vers le château de Revelon à Crèvecœur, en longeant le canal, sans savoir qu'ils sont seuls dans ce mouvement. Sur la gauche la 29e division et la 87e brigade se sont repris et ont traversé le pont en début d'après-midi, ils progressent difficilement vers Marcoing et entrent dans le village, aidés, non pas par une section, comme demandée, mais par les chars du Bataillon F au complet (suite à une erreur dans la demande) qui passent au compte-goutte le seul pont viable pour les chars à Marcoing, le temps presse et seuls 3 chars et de l'infanterie avancent de l'autre côté du canal pour percer les lignes allemandes vers Rumilly, mais l'ennemi utilise des armures et des balles perforantes contre les chars ce qui est à l'origine de lourdes pertes dans les équipages. Quelques chars ont réussi à pénétrer dans le village, mais se retirent le soir venu. Au nord, Noyelles est occupé par les hommes de la 86e Brigade et une partie du 18e Hussard, vers 10h30 les Allemands lance une contre-attaque, et réussissent à atteindre le centre de Noyelles, ce n'est que grâce à l'intervention de deux tanks du Bataillon B que la situation est rétablie et les Allemands sont repoussés hors du village. À l'ouest du village, le 16e Middlesex a également eu du mal tout au long de la matinée et a été contraint de céder un peu de terrain, mais ils se sont accrochés avec ténacité et se maintiennent le reste de la journée. Au soir la ligne de front n'a que peu bougé ce 21 novembre. Le major-général de Lisle a ordonné à ses hommes de la 29e division de consolider le terrain qu'ils occupaient. Ils étaient trop fatigués pour attaquer de nouveau et il n'y avait pas de renforts disponibles - pas du côté britannique en tout cas.
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22 Novembre
À 03h00 du matin les Écossais du 1/4ème Seaforth Highlanders étaient entrés dans le village de Fontaine et avaient réussi à le conquérir. En face les Allemands de 119e division de réserve et la 5e de la garde sont montés en ligne, aidés par les 214e et 30e tout justes arrivées de Flandre. À l'aube des avions allemands survolent les soldats anglais et sont observés à la loupe sans réaction de l'aviation anglaise. À 10h00 l'attaque débute, épuisée par deux jours de combat la contre-attaque expulse les Anglais de Fontaine. Les anglais lancent des fusées de détresse pour demander l'appui de l'artillerie qui est ignoré, par-dessus tous les munitions commencent à manquer, l'ennemi est déterminé et plus nombreux. Malgré cela les Écossais font montre d'une grande détermination et tiennent jusqu'à 14h30 puis sur ordre se retirent de Fontaine Notre-Dame avant d'être totalement encerclés. La perte du village signifie pour le 51e que d'autres attaques seront nécessaires pour prendre la cote Bourlon.
Ce sont les troupes fraiches des 32e et 224e divisions Brandebourg qui tiennent dorénavant la ligne de crête. Les Allemands ont une vue parfaite, sur la route principale en direction de Cambrai et les villages de Anneux, Cantaing et Fontaine Notre Dame, dont la capture était vitale pour les plans de Byng. Le front matérialisé par la route Cambrai – Bapaume est perdu puis reprise plusieurs fois dans la journée.

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23 Novembre

Durant la nuit, sur le flanc gauche, la 40e division de réserve est venue remplacer le 62e épuisé, 88 chars sont préparés pour une attaque sur le bois Bourlon et pour reprendre Fontaine.
La seule route empruntable, venant de l'arrière, est la route de Bapaume, toujours soumise à des tirs ennemis et surtout congestionnée par le trafic qui y règne. Certaines unités du 40e mettront 15heures à parcourir les 5kms qui les séparent de la ligne de départ, le carburant nécessaire aux chars ne sera pas toujours livré, il en est de même pour les obus fumigènes de l'artillerie qui n'arriveront pas à temps. Il y a là un manque criant d'organisation et de logistique fort dommageable pour la suite des évènements. Sur la droite le 1/6e Gordon Highlanders insiste pour que les chars passent en premiers lors de l'offensive suivie de l'infanterie, mais le général Harper ne change rien à ses ordres et c'est bien l'infanterie qui ouvrira la route aux chars malgré ce qui a pu être vu ces derniers jours !!
Sur la droite de Fontaine Notre-Dame se trouve le bois de la Folie, ou se trouve une grosse ferme du nord enceint de murs épais ou sont retranché les Allemands et ou 2 chars du Bataillon C tente de faire taire les mitrailleuses aux fenêtres sans succès, arrive sur ce fait, 6 des 13 chars restants du Bataillon B par la route de Fontaine, relativement calme à ce moment-là, c'est le signale de la contre-attaque allemande, des grappes de grenades sont lancées dans fenêtres, et des obus perforants frappent les véhicules les uns après les autres, les Allemands ont monté des pièces antiaériennes sur des camions et se déplacent avec l'infanterie autour. Tous les chars sont détruits, et les troupes anglaises se retrouvent seules face aux Allemands, pour l'instant.
Ce sont deux bataillons de la 119e brigade qui ont la charge du Bois Bourlon, accompagnés de 4 tanks du Bataillon D, les tanks du bataillon G n'ont pas été ravitaillés à temps et ne peuvent donc pas, pour l'instant, prendre part à l'attaque. Le commandant des chars n'avait aucune connaissance du bois et l'infanterie n'a jamais reçu de formation pour travailler avec les chars. A 10h10 les troupes britanniques passent à l'assaut, un court barrage d'artillerie de 20mn les précède en lisière du bois puis "roule " vers l'avant - les quatre chars avancent en tête – et en moins d'une heure réussissent à pénétrer, et progresse à l'intérieur jusqu’à la moitié du bois. 15 chars du Bataillon G les ont rejoints et commencent à patrouiller dans le Nord-Est du bois et certains entrent, à la lisière du village de Bourlon avant de devoir retraiter, après avoir été sérieusement bousculés par les Allemands. Vers 15h00 une autre contre-attaque, plus puissante celle-ci, menace de tout emmener sur son passage. Ce n'est que grâce à une charge héroïque du 18e Gallois que les Allemands sont repoussés, au prix de nombreux morts et de celle du commandant de l'unité le lieutenant-colonel William Kennedy tué d'une balle en pleine tête alors qu'il menait ses hommes. (Cet acte est commémoré sur une stèle à Louvernal). Sur la gauche, la 121e Brigade attaquait la lisière sud du village, mais à peine le signale donné, les Anglais ont été pris de flanc et sont immédiatement repoussés dans leur ligne ; interviennent alors sept chars du bataillon D qui avancent vers le village et sont de suite pris à partie avec la même férocité qu'à Fontaine et sont également repoussés, il est évident que la prise du village ne sera pas une partie de plaisir.
Le soir venu, la lisière Nord du bois et le village de Bourlon est encore aux mains des Prussiens. Malgré tous les efforts des Highlands, le village de Fontaine reste aux mains des Allemands, et en fin de journée ce sont 41 chars qui ont été utilisés dans la tentative de prise du village, 21 ont été détruits. Il commence à neiger en cette fin de journée.
L'ennemi a vite récupéré du choc initial du 20 novembre, et des troupes fraiches sont dirigées vers ce point-ci du front, la célèbre escadrille Richthofen est envoyée sur place et donne beaucoup de mal à la RFC, qui jusque-là avait la maitrise du ciel. Sur le terrain il ne reste que quelques dizaines de chars viables sur les 476 utilisés à l'origine. Dès lors, c'est plus une guerre de position qui s'amorce jusqu'au 30 novembre.

24 Novembre
La division de la garde a remplacé le 51e épuisé, la 1ere et 2e division prennent position pour une nouvelle attaque sur le village de Bourlon, qui devient le centre critique de l'offensive.
L'attaque est prévue pour midi, 12 chars devaient participer, mais elle est remise à 15h00 car douze chars ne sont pas jugés suffisants comme support, puis elle est finalement annulé, malheureusement l'ordre d'annulation n'est jamais arrivé aux chars, ni à la 121e brigade qui à 15h00 commencent à avancer vers Bourlon, les douze chars s'engagent dans le village et commencent à prendre à partie des positions de mitrailleuses, seulement les hommes de la 121e sont encore loin derrière quand les combats débutent. Sur la gauche les Allemands ont attaqué toute la journée pour déloger les Gallois du bois sans succès. Ils sont bien retranchés et se battent avec brio contre les Brandebourgeois. Le 14e bataillon de la light infanterie de la 121e brigade a fini par rejoindre les chars dans les quelques maisons prises dans le village et s'accroche aux ruines, des combats aux corps à corps s'engagent, alors que les chars sont détruits les uns après les autres. Finalement, les Anglais se retrouvent encerclés. Le lendemain le 4e corps essaye en vain de les rejoindre, mais coupés de l'approvisionnement, sur les 500 hommes du bataillon écossais ayant participé à l'attaque seul 80 se rendent à bout de force. En cette soirée du 24 novembre la 40e division est remplacée par la 62e elle a perdue en 48h, près de 4000 hommes. Survient, du côté anglais, un temps de pause de deux jours, surprenant à ce stade de l'offensive. Cela laisse aux Allemands le loisir d'acheminer les sept divisions déjà en route, sur place. Deux jours matérialisés par de petites escarmouches, et le temps pour chacun de s'implanter fermement sur le terrain.
Le 26 novembre l'artillerie Anglaise matraque les positions ennemies et ce jusqu'au petit matin du 27.
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27 Novembre
Haig est fermement convaincu que les Allemands sont sur le point de s'effondrer, et insiste auprès de Byng pour que la côte Bourlon et Fontaine soit prise rapidement. Le général Byng prend personnellement le contrôle de la bataille et donne l'ordre à la 62e division de se préparer pour l'assaut. À 6h20 le 27 novembre la deuxième et troisième brigade avancent jusqu'à la route principale et pénètrent dans le village de Fontaine et le bois de Bourlon. L'avancée initiale de l'infanterie se fait dans un premier temps sans le support des chars, mais l'ampleur des pertes due aux tirs d'enfilade venant du bois de la Folie, la situation empire vers 13h30 et les hommes sont obligés de céder devant des Allemands bien retranchés très décidés et plus nombreux. L'histoire se répète pour la 62e division au nord du bois Bourlon, ou de nombreux soldats du régiment du Duc de Wellington progressent sous le feu ennemi à travers le bois et atteignent le village dans lequel ils essayent d'entrer, mais le nombre d'hommes tombés est très important, obligeant les officiers à donner l'ordre de repli.
Toujours dans Bourlon mais au centre, les hommes du York and Lancaster accompagnés de onze chars du bataillon F tentent de percer les barricades installées dans les rues et ruelles du village. Les Allemands ont caché des pièces d'artillerie pour faire face aux chars et les tirer à bout portant. Seuls cinq des onze chars retourneront au point de ralliement après deux heures de combat acharné.
Les Britanniques n'ont pas réussi, dans leurs ambitions, à percer la ligne comme voulu. Haig est dépité et donne l'ordre aux soldats de se retrancher, de consolider les acquis et de s'enterrer sur place. Il a eu sa victoire et s'est racheté une conduite auprès des politiciens de Londres, il est appelé en Italie et peut, dès lors, laisser les divisions Anglaises à leurs sorts sur place.
De son côté, le même jour, le Prince héritier de Bavière Rupprecht, propose une contre-attaque auprès du haut état-major Imperial pour reprendre possession de la ligne Hindenburg et si possible repousser les Anglais le plus loin possible de leurs lignes actuelles. La deuxième armée allemande a été organisée en deux groupes, Caudry déjà existant et Busigny tout juste formé. Les deux groupes attaqueront par le sud-est avec sept divisions au sud de Bonavis et Bantouzelle. Tandis qu'au Nord, le groupe Arras attaquera Bourlon avec trois divisions. Un barrage d'artillerie arrosera le terrain avant l'attaque avec du gaz. Cette attaque au gaz sera la plus violente depuis Ypres (Belgique) en avril 1915.
Le général Snow, ordonne des reconnaissances en forces avec capture de prisonniers et des survols aériens du terrain, il acquière la certitude qu'une attaque majeure est en cours de préparation chez les Allemands, mais le haut commandement le rassure (en vain) en lui disant que c'est impossible, car les Allemands sont…trop fatigués ! Il utilisera le temps qu'il peut pour renforcer ses lignes et préparer au mieux les restes des divisions anglaises. À court d'hommes et de matériel.

30 Novembre
6h00 du matin un large écran très dense d'obus explosif et de gaz se déverse sur les lignes alliées. Le général Snow vient d'avoir la preuve de ses constatations. La 55e division tient une ligne trop longue pour le nombre d'hommes encore valides, des fusées de détresse vertes se propagent le long de la tranchée anglaise, et c'est bientôt un étrange feu d'artifice qui indique à l'état-major le danger qui arrive. Les Allemands utilisent en réponse aux chars Anglais, une tactique inédite sur le côté du front, des petits groupes très mobiles, très bien organisés, se coulent littéralement le long du périmètre britannique et pénètrent la ligne en laissant derrière eux les points forts, armés d'une mitrailleuse légère ou d'un lance-flammes. Ce sont les sturmtruppens qui feront des ravages dans les rangs de la 55e division….
Je traiterai prochainement de la grande Contre-attaque allemande et de ses implications par la suite, jusqu’à la seconde bataille de Cambrai de 1918. Ernst Jünger, qui participa à cette bataille, a décrit dans Orages d'acier l'horreur et la fascination qu'elle lui a inspirées.

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Constat :

Il est clair que les intentions anglaises étaient limitées, le manque de support et de troupes pour l'exploitation, notamment de la cavalerie, la percée réalisée par les chars, n'était pas à la hauteur de l'exploit. Le Field marshal Haig n'a pas eu la volonté, ni n'a cru dans la capacité des nouvelles technologies a enfin percer la ligne Hindenburg. Il ne faut pas oublier que parallèlement se déroule la 3eme bataille d'Ypres en Belgique, très "consommatrice" de troupes fraiches. Un commentateur respecté, ancien officier subalterne, a déclaré que « Cambrai était un pari très spéculatif, que je trouve inexplicable, non pas parce qu'il était inventif, mais parce qu'il était hasardeux, irréfléchi " et qu'il s'agissait d'une " affaire écervelée, mal planifiée et mal commandée, pourtant dans l'histoire militaire, elle se présente comme la bataille la plus importante de la Première Guerre mondiale ". Haig souhaitait juste une victoire, pour se racheter une conduite auprès des politiques, et il l'a eue !
La bataille de Cambrai fut révélatrice de deux différentes tactiques adoptées par les belligérants. L'utilisation de chars de combat à grande échelle côté anglais, contre utilisation des Sturmtruppens côté allemand en réponse à l'attaque britannique. C'est depuis la bataille de Cambrai que les chars ont acquis leurs lettres de noblesse, où cette arme de second emploi est passée au stade d'une utilisation stratégique et tactique pleine et entière. Certains y voient qu'un simple moyen de sortir de l'impasse des tranchées, d'autres, plus avant-gardistes, y voient un moyen d'étendre l'espace opérationnel des batailles en créant le chaos et la confusion en profondeur chez l'ennemi tout en perturbant sa stratégie. Dès lors, son évolution sera suivie et réfléchie dans un cadre technique propre ou tout est encore à inventer, mécanique et logistique. Son utilisation militaire trouvera son apogée par ceux mêmes qui dénigraient cette arme révolutionnaire, et qui 22 ans plus tard permettront à l'Allemagne de remporter des victoires spectaculaires.

Le Tank Corp :
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À partir de novembre 1917, en prévision de la bataille à venir, une brigade du Tank Corps se compose de trois Bataillons divisés en trois compagnies de 12 chars réparties en 4 sections de 3 chars et de 2 Tanks de support par section et d'une Compagnie de commandement de 12 chars et 4 chars supports. Chars males équipés de deux canons de 57 en casemate pour attaquer les positions fortifiées plus 4 mitrailleuses et les chars femelles uniquement pourvus de mitrailleuses destiner à réduire l'infanterie ennemie, mais il existe aussi une version hermaphrodite qui fut étudiée et mise en pratique, celle-ci disposait d'un canon de 6 livres en remplacement des surfaces de stabilisations à l'avant du char en plus des 4 mitrailleuses. Les membres du Tank Corps comme l'est celui de l'aviation à cette époque ne sont constitués que de volontaires. L'attrait de ces nouvelles armes, l'air et la mécanique, sont toutes deux porteuses de rêves, et d'échappées chevaleresques. Les volontaires étaient formés en Angleterre, à Newbury au centre d'essai des chars. Après une formation de 4 mois, ils étaient soit envoyés vers un Bataillon en formation à Wool, soit dans un bataillon de support en France à Mers durant six semaines avant d'intégrer un bataillon d'active.
Les chars étaient envoyés par les fabricants, directement vers la section de test du Mechanical Warfare Supply Department à Wool, puis de là envoyés par train et ferry à Erin en France au dépôt central, avant d'être dispatchés vers les différentes brigades.
À Erin sur 6000 m² en pleine campagne, le MWSD a implanté pour répondre aux besoins techniques et humains des chars, un véritable camp dédié, l'organisation technique était la suivante, un atelier central, organisé en quatre sections, sous les ordres d'un lieutenant-colonel, un magasin central, cinq ateliers de mécanique avancés chacun sous un grand bâtiment, deux chars d'une compagnie de terrain pour le sauvetage au combat sous la responsabilité d'un major. Un camp sous toile avec eau courante et tout confort pour les hommes en attente de remplacement. Le Tank Corps a rattaché pour l'occasion le 711e corps de transport mécanisé, et le 8e Escadron du Royales Flying Corps.
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Il existe une polémique quant à la couleur externe des chars qui n'est pas connue ou du moins pas très sûre, tous sont très souvent de couleur Brun. Une traduction Allemande les donne sombres et noirs, en outre l'affiche du film allemand " Die réservoirs Englischen bei Cambrai" les dépeint comme étant gris. Les différences pourraient être expliquées par le fait qu'à Cambrai certain des tanks de la 3e Brigade , " C ", " F " et " I" semblent avoir été repeints dans une teinte plus claire , le chiffre du char est laissé sur un fond plus sombre que celui d'origine. En 1916 il est mention d'une "solomon camouflage" pour les chars males, sans plus de détails. La photographie couleur n'existe pas encore et je n'ai trouvé aucune information valable sur la couleur réelle des chars, néanmoins je pense qu'un camouflage brun est plausible du fait des techniques de peinture utilisées à cette époque pour soustraire des indices de présence à la vue ennemie. Nous sommes dans le nord sur une terre agricole où le sol brun et labouré est présent partout sur le terrain de la bataille, le camouflage de l'époque se base sur un facteur immédiat de pragmatique, la couleur brune des chars peut se baser sur le résultat de ce constat, débat ouvert.

Composition :

Le Bataillon A : était au centre de l'attaque, avec les autres unités de la 2e Brigade blindée, les autres étant B et H. La tâche du bataillon était de prendre les défenses de la ligne Hindenburg devant Ribecourt, puis de pousser vers les ponts du canal à Marcoing. C'est un membre de ce Bataillon qui reçut la seule Victoria Cross du Tank Corps durant cette bataille le Capitaine Richard Wain (voir plus bas).
Le Bataillon B: Comme le Bataillon A il était au centre de l'attaque, et participât à la poussée vers Marcoing après avoir passé la ligne Hindenburg, ils n'ont perdu que 4 hommes ce jour-là, les 15 chars du Bataillon ont ensuite participé à l'action contre Cantaing toujours sans perte. 2 jours plus tard le Bataillon participe à l'attaque sur Fontaine, seuls trois chars sont revenus sur la ligne arrière, 34 hommes ont perdu la vie lors de ce jour funeste. Ils ne participeront plus à la bataille avant le 30 novembre, ou 6 chars participent à un repli des forces britanniques et assurent l'arrière à la division de la garde en formant un écran de défense et se retirer ensuite à la nuit tombée.
Le Bataillon C : Forme avec les Bataillons F et I la 3e Brigade de chars, ils seront le 20 novembre à l'extrême flanc droit de l'attaque Anglaise vers Bonavis, Crèvecœur et Masnières. La 7e et 9e compagnie entreront en action à Fontaine Notre-Dame le 23. Le 27 novembre une section de 3 chars est en soutien de l'attaque du 62e sur Bourlon. Quelques tanks du Bt C seront remis en état pour le 30 novembre et devaient participer à une attaque qui ne sera jamais déclenchée à cause de la contre-attaque allemande. Le 10 décembre il sera renommé Tank Bataillon Light du fait de ces pertes et rééquipé en char Whippet Mark A et le 17 décembre ils seront retirés de la ligne de combat.

Le Bataillon D : Faisait partie de la 1e Brigade blindée avec les Bataillons E et G. ils seront le flanc gauche de l'attaque, en support de la 51e division Highland pour capturer Flesquières. Le Bt D subira de très lourdes pertes dans cette action du fait de l'artillerie allemande repositionnée avant l'offensive. Le 23 novembre les 14 chars restants participeront à l'attaque sur le bois Bourlon. Tous les chars seront obligés de se retirer devant l'important feu ennemi et seront remisés par la suite.

Le Bataillon E : De la 1e Brigade au centre entre la D et G, soit 36 tanks dont six en réserve, attaquent en direction de Havrincourt – Flesquières puis ils doivent s'emparer de Bourlon et Fontaine Notre-Dame. Dans les premiers temps le Bataillon s'est trouvé engager avec virulence par l'artillerie Allemande devant Flesquières occasionnant la perte de deux chars et un grand nombre de personnels d'infanterie du 51e Highland, suite à une mauvaise compréhension des ordres, l'infanterie devant se trouver en arrière des chars et non près des chars. Ils se battront, par la suite, en étroite collaboration avec le Bt D et G dans le nettoyage du bois de Bourlon et Fontaine.

Le Bataillon F : Forme avec le C et I la 3e Brigade de char, et attaque le 20 novembre sur le flanc droit de l'attaque en direction de Masnières, nettoiera le village de la Vacquerie avant de foncer sur le canal de saint Quentin pour prendre les ponts encore en état pour le passage de la cavalerie du Fort Garry Horse. Le 27 l'unité entre en action dans le bois et le village de Bourlon où ils aident l'infanterie à progresser dans le village en éliminant les nids de mitrailleuses cachés dans les maisons, mais la tactique Allemande a raison d'un grand nombre de chars et les pertes seront grandes parmi les équipages, et bon nombre d'hommes resteront prisonniers de guerre.

Le Bataillon G : Fait partie de la 1e Brigade avec le Bt D et E, et couvre l'extrême gauche de l'attaque, divisé en deux compagnies pour l'attaque du 20 novembre et chargé de prendre le village d'Havrincourt puis celui de Graincourt au Nord.

Le bataillon H : était à la gauche des trois unités, avec la A et B, comme objectif traverser les lignes Allemandes, prendre Ribecourt puis foncer sur Marcoing et les ponts du canal, c'était dans ce Bataillon que le chef de corps se trouvait, dans le char nommé "Hilda" c'était lui également qui était le porte-drapeau du Tank corps. Le lendemain 21 novembre, 6 chars ont aidé le 51e à prendre le village de Fontaine Notre-Dame, 4 sont entrés dans Fontaine et ont détruit des mitrailleuses positionnées dans les maisons, et sont restés en soutien le temps que l'infanterie se retranche dans le village. Le lendemain matin une contre-attaque allemande a expulsé les Ecossais de leurs positions. Le 23 novembre 12 chars ont réattaqué Fontaine avec 23 autres des Bataillons B et C, aidés en cela par le 51e pour reprendre une seconde fois le village.
Le 30 novembre les Allemands attaquèrent le saillant Britannique, avec un grand succès.
Le 1er décembre, les tanks du Bt H ont reçu comme mission de reconquérir le village de Gouzeaucourt, et ont perdu ce jour-là plus d'hommes et de matériels que durant toutes les actions précédentes. Ils ont partiellement réussi. Les chars restants ont été retirés de la bataille après cela, par voie de chemin de fer.

Le Bataillon I : s'est battu sur la droite de l'attaque initiale entre les Bt C et F. Objectif La Vacquerie et le pont de Masnières, c'est de ce Bataillon que le char du Lt Col RW Paterson effondre le pont du canal à son passage.

Victoria-Cross :
Richard William Leslie Wain est né le 5 décembre 1896, à Penarth. Il était le seul fils de Harris et Florence Emily Wain. Son père était un avocat de Cardiff. Titulaire d'une bourse il entre à l'université d'Oxford en 1914, au mois de septembre alors âgé de 17ans il s'engage dans un bataillon Gallois. Il entre en service actif en juillet 1915 au grade de sous-lieutenant et est versé dans le régiment de Manchester, et servira sur le front occidental en mars 1916.
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Au mois de juillet il participe à la 1ère Bataille de la Somme où il est blessé et est le seul officier restant de la compagnie A, il sera promu lieutenant. Au mois de novembre 1916 en raison de son intérêt pour la mécanique et l'ingénierie, il se porte volontaire pour un Bataillon Char, qu'il rejoint en janvier 1917. À la bataille de Messine, lors de sa première sortie avec le char n°2690, qu'il commande, il ne trouve pas l'infanterie qu'il a la charge d'accompagner dans leurs progressions, il prend la direction du Sud et traverse le barrage d'artillerie britannique pour les localiser, ne les trouvant pas il repart dans le sens inverse et traverse les lignes Allemandes où il fait taire trois mitrailleuses et reste sur place en attendant l'infanterie qu'il supportera toute la journée avant de retourner vers le dépôt vers 18h00.
Lors de la bataille de Cambrai, Wain est le commandant de la 1ère section du Bataillon A, il est à bord du char A2 – Abou Ben Adam II- les 3 chars de la section approchés de la ligne Hindenburg, entre Villers et Marcoing , 2 furent frappés par des obus et détruits, c'est à ce moment que Wain repère un point d'appui sur l'avant, qui empêche le 6e Shropshires d'avancer. Il fonce droit sur le fort et à 60 mètres de là son char est frappé à son tour de plein fouet. Une fois le choc passé et les fumées évacués, il constate avec un autre membre d'équipage être les seuls survivants, il rampe alors vers l'extérieur par la porte latérale et constate que les troupes sont toujours 300 mètres derrière le char, engagé par le point fort Allemand. Il retourne dans le char, met le membre d'équipage restant en sécurité puis détache une mitrailleuse Lewis de son support et sort avec elle dans les mains. Bien que blessé, il court sur 60 mètres vers les Allemands en tirant furieusement, dispersant les Allemands surpris par ce diable, la moitié des Allemands se rendent immédiatement, il aura capturé ce faisant 4 mortiers de tranchés et deux mitrailleuses, à bout de force et ruisselant de sang, il n'a pas la force de poursuivre, à court de munitions il prend un fusil allemand et continue de tirer sur les fuyards, jusqu'à ce qu'il soit touché, par un sniper, d'une balle à la tête, entre temps les hommes du 6e Shropshires sont sur place et lui propose de s'allonger sur un brancard, mais il refuse jusqu'à ce que tous les Allemands présents soient capturés ou auront fui. Il est ensuite emmené au poste de secours ou il meurt de ses blessures. C'est pour cette action surhumaine empreinte de courage et de résolution que Wain reçut la Victoria Cross le 13 février 1918. Son corps sera enterré près du poste de secours, et l'emplacement de sa tombe sera perdue par la suite* lors de la contre-attaque allemande du 30 novembre. Il allait avoir 21 ans.

*D'après de récentes découvertes, et recensement d'historiens sur les 9 millions de morts militaires de la guerre, environ 15% sont déclarés comme disparus, soit environ 750.000 morts encore présents sur les différents champs de bataille. (http://www.cwgc.org/)

Un Char à Flesquières :
En 1998 Philippe GORCZYNSKI, à par sa ténacité et son sens de la recherche, retrouvé la trace d'un char Mark IV, enfoui à l'issue des combats dans Flesquières en 1917, et dont la trace était perdue depuis. Seule la parole locale, évoquée le fait d'un tank enterré dans la fosse d'un bunker de la ligne Hindenburg. Par recoupement et recherche sur le terrain il a réussi à remonter la trace de ce char, et le déterre, grâce à une équipe d'archéologues de l'Afan, et de bénévoles. (Voir le site internet de cette exceptionnelle découverte)
Il n'existe plus que 5 exemplaires du char Mark IV dans le monde, celui de Flesquières est le seul à être encore en état d'origine non modifiée car touché et enterré sur place lors des combats, les autres ont servi plus tard de char d'instruction ou de démonstration. Il est aujourd'hui classé monument historique. http://crid1418.org/espace_scientifique/archeo/char_flesquieres_1.htm
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Ce char Mark IV du nom de Deborah (IV Corps, 51e Division, 153e Brigade, Bataillon D, 12e Compagnie, 12e section, Matricule n° 2620 tank femelle, commandé par le 2e Lieutenant Frank Gustave Heap.
Son char a été touché à un carrefour devant Flesquières, alors qu'il approchait de son second objectif (K18d3.2 (W21) apparemment une section de barbelés de la ligne Hindenburg que les tanks femelles devaient nettoyer, (la référence K18d3.2 indiquerait une zone de terrain précise et W21, (Wire 21) indiquerait la section 21 des barbelés de la zone indiquée). Heap fut décoré de la croix militaire pour avoir sauvé deux et non trois membres de son équipage après que "Deborah" ai été touché par un obus de canon de campagne Allemand, les cinq et non quatre autres membres seront tués. Une enquête extrêmement fine a été réalisée par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth et indique que ce sont bien cinq membres de l'équipage de Heap qui ont perdu la vie dans cette action, la citation militaire fait référence à trois personnels sauvés, or au cimetière militaire de Flesquières, il y a quatre pierres tombales, celle de l'artilleur J Cheverton, l'artilleur W Galway, l'artilleur FW Tipping et le soldat WG Robinson, tous tué le 20 novembre 1917 et appartenant au 4e bataillon. Tous enterrés ensembles, seulement, près d'eux un cinquième corps celui du caporal George Charles Pied du 4e Bt et tué également le 20 nov. Appartiendrait-il à l'équipage d'un autre char touché ce jour là ? Non ! A la suite de longue recherche c'est un neveu de la famille Pied qui a retrouvé dans les archives de la famille, une lettre poignante du 26 novembre 1917, du Lt Heap, indiquant sa profonde sympathie, dans laquelle il dit : je vais avoir une soirée amère, car avec Georges, j'ai perdu quatre autres de mes hommes, tous de plus bons compagnons que je ne le serai jamais.
Avant la guerre Fran Heap reçut une bourse pour étudier l'histoire à Cambridge il était bon sportif, après la guerre il écrivit des livres sur les voitures et camions à essence et devint un alpiniste de renom.

*D'après de récentes découvertes, et recensement d'historiens sur les 9 millions de morts militaires de la guerre, environ 15% sont déclaré comme disparu, soit environ 750.000 morts encore présents sur les différents champs de bataille. (http://www.cwgc.org/)

*Une quarantaine ont servi durant la bataille du chemin des dames en avril 17

La bataille du bois de Lateau - une petite action dans la bataille de Cambrai
CF:
Cambrai en 1919:
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cambrai_1919.jpg

le char Marck IV au musée de bruxelle :
http://www.mablehome.com/militaria/musee_Bruxelles/Mark_IV_Male.htm7

L'exhumation du char de Flesquières
http://crid1418.org/espace_scientifique/archeo/char_flesquieres_1.htm

Vidéo du char Mark IV du Museum of tank de Bovington en Angleterre
http://www.youtube.com/watch?v=cFbYTYt6Ok8

1d3d1be2-89fe-4bc7-95be-e7cc75371dd9.jpg Edited by Logarou

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Bonjour à tous

Bravo pour ton article, logarou, c'est très intéressant,néanmoins,comme disait Cléopatre,je dis que faire une attaque sur Cambrai était une bétise(de Cambrai, bien sur)............... :db:

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Ça va venir, j'écris sur la deuxième partie ! le plus long c'est de recouper les infos, pour les vérifier, c'est un travaille de mémoire et j'essaye de mettre des informations qui se rapporte à des faits, ce qui demande de longues recherches, par moment, sur une toute petite partie du sujet, comme par exemple la couleur des chars de l'époque, les sources sont très minces, et difficile à trouver et à recouper. mais j'adore ça !!!

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